A montréal, le nouveau collectif vertige records célèbre la culture rave des années 90 avec humour et créativité

A montréal, le nouveau collectif vertige records célèbre la culture rave des années 90 avec humour et créativité

Le game de la techno montréalaise compte un nouveau joueur. Un autre label me direz-vous ? Pas que ! Vertige Records c’est une maison de disque et un collectif multidisciplinaire, un incubateur de projets qui réunit producteurs·trices : URUBU, Molzk, Inside Blur, Jog Mode ; l’auteur-interprète Melvin Laur, l’artiste 3D Josué Zabeau et le réalisateur Adrien Taret. Enfants des années 1990, ils célèbrent la culture rave et électro de leur génération. À l’occasion du projet inaugural de Vertige, l’EP EP Non Essentiel accompagné du clip de “Recorded” par URUBU, Trax s’est entretenu avec trois des principaux intéressés : Lucas Fiorella, Adrien Taret et leur collaborateur Adrian Villagomez.

URUBU alias Lucas Fiorella, tu es l’instigateur de Vertige. Comment définis-tu le projet et qu’est-ce qui t’a poussé à le créer ?

Lucas : J’ai eu des sorties sur deux labels diamétralement opposés, un New-yorkais et un Montréalais. Après ces expériences, j’avais envie de développer ma vision en lien avec une manière de travailler et de mutualiser les efforts, notamment inspirés de mes années de bénévolat. Je me suis lancé parce que COVID. J’ai eu des coups de cœur musicaux et personnels quand j’ai rencontré Molzk, Inside Blur et Jog Mode. Je voulais m’entourer de différents talents. La musique, ça correspond à plein de choses : du visuel, du lifestyle, de l’art écrit, graphique… Ce label sert de maison de disques, mais c’est aussi une structure collective pour faire du développement de projets personnels autour de valeurs communes. On s’entraide, on partage nos talents et nos connaissances pour pouvoir faire ce qu’on aime et nos idées les plus folles : musique, court-métrage, art digital, textes, activités éducatives… 

L’univers de Vertige est imprégné de l’esthétique de la fin des années 1990/début des années 2000, qu’est-ce que cette période représente pour vous ?

Adrian : C’est la période où tu commences à t’intéresser au cinéma, à la musique, mes premières fois ou j’avais un mp3 et je commençais à écouter de la musique et à développer des goûts personnels, pas juste ce que tes parents te montrent. Début des années 2000 c’est l’adolescence, Mortal Kombat, Matrix, Wesley Snipes… Les années 1980 sont revenues à la mode, 1990, et là j’ai l’impression que c’est le début des années 2000 depuis 2 ou 3 ans qui revient en force avec les petites lunettes de vitesse, on peut se replonger dans ce qui est notre passé à nous. 

Lucas : C’est à notre tour de créer et on va s’inspirer de ce qu’on a toujours rêvé de faire. Quand on est jeunes, on pense que la musique c’est juste ce qu’on écoute, je me souviens des compilations du genre Dance 1998 sur laquelle il y avait par exemple 666 – Alarma qui est justement l’alarme utilisée pour la track “Recorded”. Des années 1990 je pense à des sons comme Wax Attack – Show me Your Ye Ye Yeah, dont j’ai aussi récupéré un échantillon. J’écoutais ça à fond quand j’étais gamin et je voulais retrouver ce sentiment de plaisir. 

Adrien : J’ai des souvenirs assez terrifiants de passer des journées devant NRJ12 et Virgin17 à regarder des clips en boucle, vraiment nuls. D’inspiration comme l’écurie Ed Banger, on a un peu repris l’aspect débrouille, les premiers clips ont un truc en commun, c’est qu’on a l’impression qu’ils sont faits à l’arrache, c’est DIY, que ce soit Justice vs Simian – “We Are Your Friends” où ils sont tous hangover avec une montagne de bières, Justice – “Stress” aussi. Tous ont l’air d’être un peu faits à l’arrache un week-end entre amis.

Les publics européens de la techno sont plus sensibles à cette esthétique qu’ici au Québec par exemple.

Lucas : C’est une histoire d’offre et de demande, ici elle est moins forte qu’en Europe ce qui fait qu’on a une sorte d’indépendance artistique. Ce qui est bien dans le revival de cette période-là c’est que dans l’histoire des musiques électroniques ça correspond à beaucoup de libérations, des mœurs, des pensées, ça renforce le progressisme dans la recherche de liberté. L’envie pour le public techno d’avoir cette liberté-là se renforce, car elle se rattache au lifestyle qui découle de cette époque-là qui continuait d’essayer de briser le code, je trouve que c’est positif. En tout cas les valeurs se démocratisent. On essaye de combattre l’élitisme, même si j’ai fait un baccalauréat (ndlr : équivalent licence en France) universitaire en composition. Je fais les choses sérieusement avec un bagage technique et une réflexion institutionnelle, mais je n’oublie pas qu’on fait de la musique pour les gens et que c’est de la musique populaire.  

Recorded, le clip que vous dévoilez en première avec Trax s’inscrit dans les référents culturels cités plus haut, qu’est-ce que vous pouvez nous dire de vos inspirations?

Lucas : Je suis arrivé avec des idées très précises, on voulait que Josué, qui incarne le personnage principal et qui est l’artiste 3D du groupe, soit teint en blond, qu’il ressemble à Wesley Snipes. En écrivant le scénario, on avait pas mal de références en commun : on est de la même génération, la même éducation culturelle de films, de clips qu’on a vu quand on était plus jeunes ou de musiques qu’on aime. On retrouve l’influence de films des années 1990, de clips de début 2000, on flirte avec le jeu vidéo (la façon dont on présente les combattants), avec la culture Internet, la découverte des documentaires comme Strip-tease… c’est riche. 

Adrian : C’était cool de revenir aux bases de « faire un clip entre amis », c’est arrivé comme un vent de fraîcheur. Ça me rappelle les premiers projets que je faisais avec Apashe, on improvisait, on faisait bien ça, mais avec ce qui était à notre portée. À la première écoute de la musique faite par Lucas j’ai tout de suite pensé à Mortal Kombat et des affaires qui m’ont fait tripper quand j’étais jeune.

Adrien : Je suis moins quelqu’un qui joue aux jeux vidéo, mais dès que Lucas m’a parlé des inspirations du clip “Signatune” de DJ Mehdi, j’ai tout de suite vu le personnage un peu loser mais qui est très appliqué à son activité, qui a quelque chose d’un peu touchant dans son attachement à cette activité. Au final, si on regarde les choses avec un peu de recul, on se demande ce qu’il est en train de faire. Comme on avait un peu “Stress” en tête, on voulait filmer un genre de faux documentaire entrecoupé avec des moments de voyeurisme. On voulait créer un décalage entre le côté épique avec la personne quand on est proche de lui avec la caméra embarquée et contraster ça avec le côté ridicule du personnage une fois qu’on le voit de l’extérieur de son monde. En troisième layer de tout ça on a des moments portraits, on les voit poser devant la caméra comme des rappeurs. Ça nous faisait rire de jouer avec les codes des vidéos de rap pour une track de techno. 

Lucas : On laisse apercevoir un univers qu’on aimerait développer avec les futurs clips, il y aura des clins d’œil. Si on crée des règles dans ces univers-là on veut pouvoir les garder, comme un fil rouge, et continuer de construire un espace-temps complet avec plein de personnages. On dessine quelque chose de tourné vers le passé qui se fait l’écho de la situation actuelle. Comme on a moins la possibilité de se planifier en tant qu’artiste, on finit par mettre en scène des gens qui s’enferment dans leur monde, qui deviennent le héros de leur propre histoire. Ils se retournent vers leur enfance et s’imaginent des aventures. Un peu comme nous, quoi.

 

Source TraxMag

 

Et sinon

Les dernières news & interviews

Tout voir